Extraits du Dialogue 159

Dialogue n° 159 -  Conformer ou transformer ?
Enjeux des formations

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Editorial

  • Conformer ou transformer ? Enjeux des formations   Lire
    Michel BARAËR

Des valeurs et modèles : repenser le métier

  • Repenser la formation des enseignants : les parti pris du GFEN
    Jacques BERNARDIN

    L'avenir de l'éducation ne peut s'imaginer sans le levier d'une formation repensée dans son orientation, ses objectifs et ses modalités. Formation conçue non comme une entreprise de conformation (au prescrit, au standard de "bonnes pratiques") mais comme dynamique de transformation individuelle et collective du rapport au métier.
    Si l'ont veut faire dérailler les processus ségrégatifs, entamer l'esprit de fatalité, si l'on veut échapper à la naturalisation des différences (éludant les effets des conditions de vie objectives pouvant les expliquer), il y a nécessité d'interroger les implicites qui pilotent la pratique, notamment le regard sur l'élève (et sa famille), le rapport aux contenus et, en conséquence, la façon d'envisager l'apprentissage... Et ce, d'autant plus que les enseignants sont de plus en plus à distance sociale et culturelle des publics auxquels ils s'adressent.

  • Formation des enseignant-e-s : les derniers feux
    Geneviève GUILPAIN

    Mardi après-midi 10 novembre ; cours avec les M1 : mes 4 dernières heures de cours sur les 9h de TD généreusement accordés à la "connaissance de l'institution scolaire et de ses contextes" en ce tout début de master MEEF.
    J'entends des soupirs et je questionne "Quelque chose ne va pas ?". "Ce n'est pas le cours lui-même mais c'est tout, c'est l'accumulation ; on a l'impression de tout faire superficiellement ; dès qu'on aborde un sujet intéressant, on doit s'arrêter car on n'a plus le temps, c'est frustrant et c'est pour tous les cours la même chose".
    Excellent diagnostique : superficialité, dispersion, redondance et saturation d'évaluations. Le contraire même d'une formation.

  • Théorie/Pratique, opposées et solidaires tout à la fois
    Michel HUBER

    Depuis trois ans, nous travaillons à l'Institut Henri Wallon de Dijon sur le thème : "Penser et Agir, le couple Théorie/Pratique en formation professionnelle", avec la perspective d'une publication.
    Cet objet nous a fait remonter jusqu'aux fondements de la pensée complexe. Des réunions de travail alternant démarches de construction de savoir et interventions de personnes-ressources (chercheurs-formateurs...) nous a permis de formuler un concept central susceptible de rendre compte de l'interaction Théorie/Pratique. Concept qui permet aussi d'appréhender le réel pour agir dessus. Ce concept de couple d'opposés/solidaires s'inscrit dans la filiation dialectique, systémie, pensée complexe...

  • Rapport au savoir, rapport à savoir. Enjeu de formation
    Odette BASSIS

    La formation au métier d'enseignant est une pierre de touche décisive pour l'avenir de notre société où ne prévalent que trop de rendement et immédiateté, sous les couleurs attendues de la compétence. Or dans ce présent incertain pour bien des jeunes en mal d'avenir, des écueils : l'emprise des facilités d'internet toutes directions, concernant les accès aux savoirs en même temps qu'à toutes relations démultipliés dans les réseaux sociaux. Alors que, dans le même temps se profile une certaine faillite des possibilités d'emploi pour toute une part de cette jeunesse inquiète d'avenir. Facilités et inquiétudes. Informations, incitations démultipliées en même temps qu'incertitudes pour un futur aléatoire.
    Alors, dans un tel contexte, former à une pensée critique et créatrice, responsable et solidaire est bien un défi face aux impératifs d'une société en mal de réussites monnayables et utilisables à merci.


  • Relever le défi de la formation : à quelles conditions ?
    Patrick PICARD

    Une formation continue des enseignants aujourd'hui. Pour (faire) quoi ?
    Essentiellement, pour avoir des espaces et des temps disponibles afin de mieux comprendre la nature des difficultés ordinaires d'apprentissages que rencontrent les élèves, d'une part, mais aussi mieux comprendre les problèmes ordinaires d'enseignement auxquels sont confrontés les professionnels de l'éducation et de l'enseignement, d'autre part.
    Contrairement à ce qu'on oppose souvent, ces deux aspects sont souvent indissociables pour comprendre ce qui se passe dans la classe : didactique et didactique professionnelle, savoirs à enseigner et savoirs pour enseigner ne s'opposent pas, mais se combinent, s'articulent pour constituer un "milieu d'apprentissage" plus ou moins riche, plus ou moins susceptible de faire entrer des élèves dans les réquisits (souvent implicites) de l'Ecole.

Former, apprendre des situations, outiller les pratiques

  • Infléchir les pratiques professionnelles des enseignants : le rôle des outils didactiques
    Sylvie CÈBE

    Enseignante dans des écoles classées en REP, j'ai très tôt cherché à comprendre pourquoi mes pratiques d'enseignement ne palliaient pas les différences d'efficience observées entre les élèves de milieux défavorisés et les élèves que j'avais en charge, en dépit de leurs potentiels, de leurs compétences et de leur intérêt marqué pour l'école. Bref, j'ai voulu cerner les mécanismes par lesquels l'environnement social (aussi bien familial que scolaire) influence la cognition en développement, pour mieux intervenir.
    Quand on les interroge sur les caractéristiques des élèves culturellement loin de l'école et peu familiers de l'univers scolaire, les enseignants évoquent un manque de connaissances spécifiques (peu de vocabulaire, une faiblesse des connaissances syntaxiques, des connaissances encyclopédiques insuffisantes, etc.) ainsi que des problèmes d'attention et de comportement. avec Jean-Louis Paour, nous avons fait une autre hypothèse.

  • Construire des formations hybrides : un défi pour les formateurs
    Isabelle LARDON

    La réflexion sur le métier de formateur est au coeur de cet article qui montre comment les formateurs ont vu leur métier évoluer en même temps que celui d'enseignant. Les missions se sont diversifiées et déplacées; Les formateurs dans un département ou une circonscription, sont souvent sollicités pour construire des parcours de formation en ligne. Cela ne va pas sans poser problèmes à ses "concepteurs", leur formation, leur posture, leur temps disponible... Cela renvoie à des questions"vives" comme celle de l'individualisation de la formation, de l'autonomie et de la responsabilisation des individus, celle de la maîtrise technique des outils numériques, tec... Le centre n'est pas l'outil technologique mais bien sûr ce qu'il s'agit de faire passer et ces nouveaux artefacts de formation peuvent se révéler utiles pour produire du développement professionnel.

  • Et pourquoi pas des démarches de création dans la formation des enseignants ?
    Marguerite LIRON, Stéphanie FOUQUET

    Animée en 2011, dans le cadre de la formation continue des enseignants de la circonscription de Melun (77), cette démarche s'adressait à des instituteurs ou professeurs des écoles. Marguerite Liron, alors conseillère pédagogique en EPS proposait régulièrement des animations autour de la danse contemporaine. Stéphanie Fouquet, avait une pratique d'animation d'ateliers d'écriture auprès de groupes d'adultes et de groupes d'enfants. La rencontre des deux pratiques allait produire ce cycle de formation dont le but était de mettre en parallèle un atelier de création en danse contemporaine et un atelier d'écriture. L'enjeu était de faire comprendre l'importance des pratiques de création en classe, de sentir ce que peut induire le choix d'activités de création avec des élèves et de montrer que quelle que soit la discipline, la démarche est transversale, le processus de création peut se développer de manière similaire dans une discipline et dans l'autre.

  • L'établissement formateur : mythe ou réalité ?
    Jacqueline BONNARD

    L'établissement scolaire n'est pas un organisme de formation mais le lieu ou l'enseignant exerce ses compétences professionnelles pour répondre au contrat qui le lie au Ministère de l'Education Nationale : "L'acquisition d'une culture générale et d'une qualification reconnue pour tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, culturelle ou géographique". Mais si se former c'est interroger sa pratique au fur et à mesure des situations rencontrées et produire des réponses nouvelles afin d'améliorer son efficience pédagogique, il y a bien transformation du "déjà-là" dans une perspective de développement professionnel au sein de l'établissement. C'est en forgeant qu'on devient forgeron se plaît à répéter le futur professionnel impatient de tester les savoirs et compétences acquises en formation.
    Les jeunes enseignants ne dérogent pas à la règle mais cette propension à penser qu'apprendre "sur le tas" prévaut sur la nécessaire formation professionnelle articulant théorie et pratique est source de malentendus -souvent même de souffrances - sur ce qu'enseigner veut dire.
  • Des réseaux de formation mutuelle
    Michel BARAËR, Pierre BÉDÉCARRATS

    La formation initiale des enseignants est loin d'être toujours satisfaisante, l'offre de formation continue est quasi inexistante. Pourtant, soucieux de faire réussir leurs élèves, les maîtres ressentent le besoin d'accroître, de perfectionner leurs compétences, d'en construire de nouvelles. En tant que Conseillers pédagogiques et militants d'éducation nouvelle, nous essayons de répondre à cette attente en initiant des réseaux de formation mutuelle en circonscription. [...]
    Il est, hélas, facile de souligner les carences de la formation de l'IUFM puis de l'ESPE. Essentiellement universitaire, elle reste largement cloisonnée en didactiques disciplinaires, n'apporte pas suffisamment de connaissances pédagogiques transversales, n'apprend pas assez à mobiliser ensemble les compétences des différents domaines, et ses modalités pédagogiques sont souvent en contradiction avec ses recommandations (Soyez constructivistes ! dit le conférencier).


Être formateur, accompagner, étayer

  • Atelier professionnel dans la formation initiale des professeurs des écoles
    Patrick AVEL

    Voici quelques éléments à propos d'un dispositif mis en oeuvre dans la formation initiale des professeurs des écoles à l'IUFM, puis à l'ESPE de l'Académie de Créteil. Ce n'est pas le résultat d'une recherche prévue pour nourrir un texte ad hoc. Il s'agit plutôt du témoignage d'un formateur, de la présentation d'un travail mené sur les dix dernières années. Des collègues, dans d'autres lieux, procèdent sans doute de façon plus ou moins similaire, et rien, ici, ne leur semblera d'une grande originalité. Toutefois, il se peut que quelques aspects leur apparaissent tout de même singuliers. Quant aux autres lecteurs, ils y verront, je le souhaite, l'opportunité de nourrir une réflexion sur la formation des professeurs des écoles.

  • Formateur de terrain. Pourquoi ? Pour quoi ? 
    Sylvie HENRY

    Quelques motivations poussent un jour un enseignant à devenir formateur "terrain" ? Il en existe certainement plusieurs. Pour ce qui me concerne, ma rencontre en première années d'Ecole Normale, avec des formateurs militants GFEN a été déterminante. Non seulement, ma conception du métier d'enseignant en a été transformée mais des années plus tard, cette rencontre a pesé sur mes motivations à devenir formateur "terrain". Enseigner à des élèves, former des adultes : interroger le monde pour mieux le comprendre, s'interroger et interroger les autres sur une pratique professionnelle pour mieux la comprendre. Enseigner et former sont des actes qui nous engagent personnellement, pas dans le but d'imposer un bon savoir, une bonne pratique mais dans les deux cas, pour accompagner une attitude réflexive sur les savoirs, sur les pratiques.
    "Forme ce n'est pas seulement informer, c'est transformer les personnes... Former c'est émanciper..."

  • La formation initiale au coeur de la classe pour une transformation des pratiques
    Eddy SEBAHI

    Dans le cadre de mes fonctions de formateur, à l'ESPE de Lyon, j'ai eu, jusqu'à l'année 2014, à effectuer des visites de stagiaires du second degré. Ceux-ci étaient pour partie de leur temps en formation à l'ESPé et pour partie en classe. Etant moi-même professeur d'anglais, les stagiaires que j'allais voir étaient, inévitablement, professeurs-stagiaires en anglais, des PCLS. [...]
    Ma motivation initiale était de faire que ce moment ait une réelle fonction formative plutôt que l'habituelle "visite de contrôle", celle qui permet au formateur de s'assurer que le stagiaire ne se fourvoie pas, qu'il est bien dans le cadre qui lui a été imposé. Une évaluation sommative des acquis... en cours de formation, en quelque sorte.[...]
    Ce qui me semblait alors dramatique, c'étaient en lieu et place de contenus de formation pertinents, les innombrables injonctions adressées aux stagiaires, mais jamais débattues, jamais travaillées, jamais questionnées. Des injonctions, en somme...

  • Tous capables, tous chercheurs, et tous formateurs ?
    Témoignage d'un récit de vie depuis 10 ans au GFEN ou un processus d'autoformation en cours
    Ghislaine MORAND

    A mon arrivée au GFEN, j'ai entendu parler une langue étrangère mais qui faisant écho en moi jusqu'à ce qu'il y a de plus intime. C'est à cet écho que je dois dois d'avoir commencé mon apprentissage en Education Nouvelle et de le continuer encore aujourd'hui. Début d'une recherche active de ce qui pour moi fait sens dans ma relation aux autres, à tous les autres, dans mon métier d'enseignante mais aussi dans ma vie personnelle au quotidien. Début d'une bataille contre les vieux démons des habitus sociaux acquis pas mon éducation familiale scolaire et sociale jusqu'à il y a dix ans. Virage radical en train de se négocier, rupture. C'est ce qui me fait dire, comme d'autres, que le GFEN a changé ma vie. Le Groupe Français d'Education Nouvelle ne m'a pas formée, c'est moi qui me suis formée avec lui. "Il n'y a de formation qu'en transformation" répète-t-on souvent dans notre mouvement. En effet, pour moi cette transformation est à l'oeuvre et ne laisse pas place à la finitude.

  • Être formateur aujourd'hui : quels enjeux ?
    Corinne OJALVO

    L'article concerne essentiellement la formation dans le 1er degré et s'appuie sur l'expérience de professeur des écoles maître-formateur (PEMF) de son auteur. Celle-ci s'interroge sur le rôle du formateur, l'évolution de son métier, le décrit et l'analyse.
    La formation initiale des enseignants : le cadre actuel :
    Les premiers acteurs de la formation des enseignants sont les professeurs des ESPE, qui appartiennent à des catégories variés. Enseignants, ils peuvent venir du premier degré, du second degré ou du supérieur. Ils sont capésiens, agrégés, maîtres de conférences... ils ont vocation à dispenser un savoir à la fois théorique sur les contenus à enseigner mais aussi didactiques de leur discipline.


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