extraits n°140

DIALOGUE n° 140  La morale, (qu') en faire (?)

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Deux images morales

Louis GUILLOUX,   page 3

Extrait de Le pain des rêves, 1942, Folio Gallimard

Mon livre d'école était farci de belles images, dont je m'enchantais. Il s'en trouvait deux surtout, où je revenais plus volontiers : deux images morales.

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La leçon sur le nombre 10 est une leçon d'instruction civique
ou la vraie violence du cela-va-de-soi

Odette BASSIS, page 8

(...) Ici, à propos de cet A-B-C du calcul qu'est l'apprentissage de la numération à c'est-à-dire l'écriture des nombres - l'analyse qui suit n'a pas pour objet de reprendre le descriptif du déroulé d'une démarche connue. (cf. démarche d'auto-socio-construction de la numération, in Concepts-clés et situations problèmes en mathématiques, Tome 1, O. Bassis, Hachette, 2003). Mais c'est en s'appuyant sur un tel contenu, fondateur de tout calcul, que cette analyse se propose d'apporter des pistes de réflexion - transversales à toute discipline - pour poser haut et fort cet appel à l'urgence pour l'élève, comme pour tout apprenant (enfant ou adulte en formation) au droit de comprendre. Un droit de comprendre concernant pour le moins des fondements-clés dont dépendent tant d'autres contenus de savoir dont ils sont les assises conceptuelles.

Un droit de comprendre comme droit fondamental de citoyenneté. Un droit majeur lié à tout acte d'instruction et de formation, quelle qu'en soit la forme.

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Les libertins: termites de l'Ancien Régime

Michel HUBER , page 12

Toute crise profonde, telle celle que nous connaissons aujourd'hui, car affectant des domaines multiples (économie, société, institutions, culture, croyances...) ébranle la morale en vigueur et ouvre vers d'autres valeurs, d'autres croyances, une autre éthique... une autre réalité.

Il en fut ainsi au XVIIIe siècle lors de la crise de l'Ancien Régime lorsqu'une série de mauvaises récoltes rendit encore plus insupportables privilèges de naissance et Monarchie absolue.

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Amour civique et dispositions de paix Création d'une nouvelle forme de subjectivité dans l'œuvre de Mozart

Patrick RAYMOND, page 14

Note de lecture de l'article de Martha Nussbaum, «é et amour à la fin du Mariage de Figaro: constituer les émotions démocratiques». Raison publique, n° 13, octobre 2010, p. 15-48

On considère d'habitude que Mozart et Da Ponte auraient trahi la dimension politique du texte de Beaumarchais à à preuve, la suppression du monologue de Figaro du cinquième acte à pour produire un merveilleux mais inoffensif drame amoureux. La thèse de Martha Nussbaum est à l'opposé: l'opéra est plus politique et radical que la pièce. La musique de cette époque aurait contribué à découvrir et créer une nouvelle forme de subjectivité.

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Surveiller ou veiller sur ?

Jean-Jacques VIDAL, page 19

Autant que le nombre d'enfants qui circulent dans la cour de récréation, la diversité des postures produit des conflits. Les adultes «service» surveillent, sécurisent, «èrent» ces accrochages, sont amenés à répondre, parfois à intervenir sur les lieux des bagarres, et doivent donc faire ou faire faire «part des choses». Ils sont alors juges de paix, censeurs, référents en somme. Récepteurs des classiques «'vais l'dire!»... «sais, c'qu'il a fait?... et on n'a même pas l'droit!», ils répondent bien souvent avec des rappels de règles de conduite élémentaires, ou éloignent les plaignants auxquels ils peuvent reprocher de «faire que rapporter», sans que la ligne de partage entre le signalement nécessaire et le «se débrouiller» soit toujours explicitée. (...) Or on peut se saisir de ces opportunités pour fonder un collectif d'apprentissages, une socio-construction du devenir élève.

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De la littérature à la morale sociale en classes de CE2

Joëlle PAVLENKO, page 23

La démocratie est une pratique et sa transmission passe plus sûrement par l'expérience  que par le discours. Convaincues de cette idée, nous avons proposé de faire, conjointement avec ma collègue, Marie Lemmelet, le procès du loup dans la littérature, à l'école Romain Rolland dans la ZUP de Fontenay-sous-Bois.

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10 ans de conseil de délégués: a-t-on construit des sujets citoyens?

 Christian FOIRET, Sylvie LAQUEMBÉ, page 29

L'école élémentaire Jules Lenormand est en banlieue Orléanaise, Saint Jean de la Ruelle. L'une des villes les plus pauvres du Loiret en revenu par habitant. Elle est en ZEP depuis le début, en 1983. Elle comprend 11 classes actuellement et un peu plus de 250 élèves issus de classes populaires et moyennes. L'équipe est stable, le directeur la dirige depuis 1994 et il y enseigne depuis 1977.

Un travail d'équipe sur le long terme

Un conseil de délégués des élèves dans une école de banlieue en ZEP.

L'idée s'est construite à la fin des années 90. Il n'y avait pas de classe coopérative dans l'école. Mais des pratiques fortes portaient un regard positif sur les élèves.

Avec la relance des ZEP en 1998, le conseil des maîtres éprouve le besoin de mettre en forme des idées sur la formation du sujet citoyen. En même temps s'engage un travail de fond puisant dans les travaux sur le sens de l'école, le rapport au savoir. Les pratiques enseignantes sont interrogées.

En 2000, le conseil des maîtres s'engage dans la rédaction d'un document «loi, la règle, le droit». Surtout pas un règlement intérieur. L'idée est de construire des postures éducatives pour résoudre les conflits. Le travail sur un an est axé sur «et devoirsdes élèves» et postule qu'il n'y aura pas d'interdit. Par contre il cherche à promouvoir la notion d'incivilité, de réparation, de sanction éducative, de reconstruction de l'individu. Une réflexion sur le mélange des pouvoirs dans l'école s'élabore...

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Des collégiens en leurs toilettes

Ou construire un rapport à l'altérité sans donner de leçon (de morale)
Patrick Raymond , page 33

Penser du réel

Les toilettes des élèves dans un établissement scolaire sont un espace d'exception, quasiment d'extraterritorialité. Les adultes, en général, y vont peu, sauf les agents chargés de les nettoyer. La vie scolaire y assure une surveillance aux abords. L'équipe de direction va, de temps en temps, y humer l'air du temps. Les professeurs n'y mettent jamais les pieds.

Régulièrement pourtant, ils sont portés sur le devant de la scène. Toujours lorsque, salis et dégradés par les élèves, ils sont fermés d'autorité par les adultes. «Les agents ne sont pas là pour nettoyer vos saletés. Nous ne les rouvrirons que lorsque vous respecterez ces lieux!» Vœu pieu puisqu'on est bien obligé de les rouvrir, sinon à interdire définitivement aux élèves d'aller aux toilettes. Jusqu'à la crise suivante.

Que faire?

(Première heure)

Dans les nouveaux programmes d'éducation civique de 6ème il y a une «au choix»; le miensur le comportement des élèves dans les toilettes du collège.

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Le «cours de morale» -  Lettre de Belgique

Catherine BUHBINDER  interviewée par Odette et Michel NEUMAYER, page 37

 Dialogue accueille ici le témoignage de Catherine Buhbinder, professeur de morale en Belgique. Cette dernière connaît bien l'Éducation Nouvelle pour avoir travaillé avec le Secteur Philosophie du GFEN et participé, plusieurs années de suite, à Namur à l'atelier d'écriture organisé par le GFEN Provence dans le cadre des Rencontres Pédagogiques d'été de l'association Changement pour l'égalité.

Catherine Buhbinder évoque dans cette lettre "le cours de morale" qu'elle assure dans son établissement et nous permet de nous interroger sur le lien entre morale et pensée philosophique ; morale et transmission de valeurs.

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Vive la morale... quand elle est matérialiste et pousse à désobéir!!

Pascal DIARD, page 49

Vive la morale!! Ce cri sonne paradoxal pour quelqu'un qui a vécu le lycée et l'université 10 ans après mai 68, où toute morale semblait impossible à qui voulait s'émanciper des barrières moralisatrices imposées par tous les pouvoirs aliénants des époques précédentes. Pourtant ce cri peut résonner comme une provocation libératrice à qui veut s'emparer de la morale pour combattre le nouvel ordre dit «moral» qui nous est aujourd'hui imposé, avec pour seule promesse de «ès» une surexploitation et une sur-aliénation des corps, des cœurs et des cerveaux. Or cet «ordre» n'est-il pas concrètement immoral pour une majorité de l'humanité?

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On les appelle«désobéisseurs»

Interview d'Hélène COHEN SOLAL, par Josette MARTY pour la revue Dialogue, page 50

Les questions élaborées pour cet interview prennent en compte la situation dans laquelle se sont trouvés des enseignants appelés «ésobéisseurs» à la rentrée 2008. Il y a eu à ce moment-là une gêne, un attentisme à prendre en compte dans les institutions des enseignants, ces actes de désobéissance qui portaient sur l'aide personnalisée et la mise en place de la base-élèves. (...)

Les questions des interviews tentent de revenir sur la gestation de leur prise de position et éclairer pourquoi ils restent des empêcheurs de tourner en rond pour les institutions. Pour déplacer le questionnement, on se posera les questions:

  • où s'origine la capacité à dire NON dans un contexte socio-historique?
  • est-ce parler d'éthique quand un refus d'obtempérer est posé au moment où le socle de ses engagements dans le service public d'éducation pour la réussite de tous les enfants est à la casse?

 

L'aide personnalisée

Cette mesure est vécue par les désobéisseurs comme une casse du service public d'éducation. Sur le plan pédagogique, cette mesure est ressentie comme un déni de leur pratique pédagogique qui privilégie les activités collectives de recherche. L'aide personnalisée, privant l'enfant de la dynamique d'un groupe, l'enferme dans sa difficulté momentanée. Pour les désobéisseurs, cette mesure est une entrave au développement de l'intelligence des enfants. Misant sur l'individuel au détriment du collectif, elle est une atteinte à la liberté pédagogique. La conception d'une pédagogie ouverte sur la capacité d'un groupe à porter les efforts de chacun éclaire leur refus de l'évaluation, préparation au management ultra libéral

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Morale à l'école

Jean-Charles ROYER, page 54

Je voudrais aborder cette immense, et souvent marécageuse, thématique du manque de  «», de manque de «repères», ou d'«é» à une époque où, n'est-ce pas, «'élève-est-utilitariste-et-consommateur». A propos des rapports entre école et morale, il me semble qu'il faudrait poser les questions en ce sens: quel est le rapport de «à l'école» à  «valeur de l'école»; c'est la question délicate de l'évaluation, à propos de laquelle je me pose la question suivante: la moralité de l'école, est-ce de savoir penser et réaliser une bonne évaluation ou au contraire de cultiver l'in-évaluation?

Au final j'aimerais présenter un paradoxe qui me semble pouvoir participer à la définition de que pourrait être une nouvelle éducation nouvelle, correspondant au temps présent de panlibéralisme. Ce paradoxele suivant: il n'y pas d'évaluation convenable de l'éducation qui ne se soucie d'évaluer l'inévaluable.

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