Retour sur « Lecture silencieuse avec questions préalables » – GFEN 75, 27 mai 2026

Nous étions 9, à la Bourse du Travail, ce mercredi après-midi, pour vivre une Lecture silencieuse avec questions préalables animée par le GFEN 75.

Le texte choisi parle de deux enfants qui font l’école buissonnière et vont se réfugier dans la maison de l’un d’entre eux qu’ils explorent de fond en comble. Ce texte avait été proposé au stage de pré-rentrée de Chartres en 2023. C’est un texte plutôt à destination d’élèves de cycle 3 – donc, potentiellement utilisable rapidement par des collègues en classe. Nous avons pu constituer deux groupes et chaque groupe avait un jeu de question différent.

Pour cette démarche, qui est un classique du GFEN et qui, comme tous nos classiques, connaît des variations dans son animation, nous avons fait le choix de demander aux participant.e.s non seulement de prendre connaissance des questions avant de lire le texte, mais aussi d’essayer d’y répondre, de partager en petit groupe leurs réponses, d’essayer de se mettre d’accord et de rendre compte à tout le collectif de leurs réponses ou, au-moins, de leur cheminement et de leurs désaccords. C’est seulement après ces étapes que le texte a été distribué. Chacun a essayé de répondre aux questions en s’appuyant sur le texte, puis les groupes ont retravaillé collectivement leurs réponses avant de faire part, à nouveau, de leurs réponses au collectif. Le dernier temps de la démarche a consisté en une analyse réflexive qui s’est attachée à faire l’anamnèse des différentes étapes de la démarche en les associant aux ressentis de participants et leur analyse de ce qui s’est passé.

L’analyse réflexive a permis de mettre en avant plusieurs choses. Toute la phase de travail avant la distribution et la lecture du texte génère son lot d’émotions contradictoires : les participants ont pu trouver cela rigolo, déroutant, excitant ou absurde. Dans le même temps, cette phase stimule l’imaginaire (« il faut inventer une histoire, se faire un petit film qui soit cohérent »), donne l’occasion de faire une analyse logique des questions qui laissent deviner des choses du texte encore inconnu (avoir des questions sans le texte pour y répondre entraîne la construction d’un questionnement). Des inquiétudes peuvent encore subsister : on peut encore avoir peur de ne pas avoir LA bonne réponse. Mais aussi, se dire que si on n’a pas de réponse, ce n’est pas grave. Enfin, le fait d’avoir à échanger sur ces réponses permet de vivre un moment d’intelligence collective et de prendre du « plaisir à la palabre » – puisque de toute façon, le texte est absent. Lors de la mise en commun collective, les participant.e.s ont noté que, même si l’autre groupe n’avait pas les mêmes questions (découverte retardée jusqu’à ce moment là), ils sont dans une écoute très active qui leur permet de modifier éventuellement leurs premières représentations sur le texte.

Lors de la lecture du texte, à nouveau, les émotions ressenties ont été contrastée. Certain.e.s ont ressenti de la déception (« le texte n’est pas très intéressant ») quand d’autre éprouvaient de l’excitation dans le plaisir de mener l’enquête. La première phase de travail a clairement donné envie de lire le texte, a créé une appétence, une curiosité. Et, dans le même temps, certain.e.s ont éprouvé le fait qu’en étant « enveloppé par un groupe », de savoir qu’on va « partager avec le groupe », on peut plus facilement accepter d’être seul, de répondre seul aux questions du texte, de s’exposer à répondre seul. La suite du travail en groupe est alors fluide, ludique : il n’y a plus de peur de ne pas comprendre, on entre dans un travail d’argumentation précis sur le texte. Quant à la phase de partage des dernières réponses, il n’y a plus de stress sur « a-t-on la bonne réponse ? », juste du plaisir à la partager, le « travail » à fournir finit par être oublié.

Un point a cependant émergé lors des échanges. Une participante a souligné le fait qu’une question d’interprétation commençant par « A ton avis… » l’avait mise en difficulté : elle ne voulait pas se projeter, elle ne voulait pas s’exposer à dire ce qu’elle pensait ou imaginait dans une situation qui ne lui parlait pas. Il lui a été proposé de s’imaginer en quelqu’un d’autre (« Et si on disait qu’en fait tu es un homme qui s’appelle Jean-Pierre. Quel serait l’avis de Jean-Pierre ? ») : cette proposition lui a semblé acceptable, moins intrusive.

Nous avons terminé l’après-midi en présentant le chantier du groupe Paris qui consiste, lors de nos réunions de bureau, à s’emparer d’un texte et à construire ensemble une série de 3 questions pour nos élèves en respectant la topologie : une question dont la réponse est contenue explicitement dans la texte ; une question dont la réponse nécessite de croiser des informations et de faire une ou plusieurs inférences ; une question d’interprétation. Nous avons à ce jour presque une dizaine de textes et autant de questionnaires.

Damien SAGE